ILS ONT JETÉ LA JEUNE COMMANDANTE HORS DE L’HÉLICOPTÈRE… PUIS UNE VOIX À LA RADIO A GLACÉ TOUT L’ÉQUIPAGE

Le rire de Marc Delon fut la dernière chose que Léa entendit avant de basculer dans le vide.
Une seconde plus tôt, elle se trouvait encore à l’intérieur de l’hélicoptère.
La suivante, son corps fut happé par le vent.
Ses mains cherchèrent quelque chose.
N’importe quoi.
Ses doigts trouvèrent finalement la barre métallique sous la porte latérale.
Elle s’y accrocha.
Ses jambes partirent dans le vide.
Sous elle, les montagnes semblaient minuscules.
Beaucoup trop loin.
Le rotor hurlait.
Le vent lui coupait le souffle.
Au-dessus, plusieurs soldats se penchèrent vers l’ouverture.
Marc souriait.
— Alors, Commandante ? Toujours envie de donner des ordres ?
Thomas éclata de rire.
Rémi, lui, ne riait déjà plus.
Léa leva les yeux.
Ses doigts glissaient.
Elle sentit une première phalange perdre prise.
Puis une seconde.
Marc se pencha davantage.
— On ne vous entend pas très bien !
Léa inspira.
Et répondit calmement :
— Vous venez de terminer l’évaluation.
Le sourire de Marc disparut.
— Quelle évaluation ?
À cet instant, la radio grésilla.
Une voix masculine traversa tout le système de communication de l’appareil.
— Poste de commandement à Vasseur. Nous avons tout enregistré.
Personne ne bougea.
Puis la voix ajouta :
— Sergent Delon, ne touchez plus à l’officier chargée de votre inspection.
Le visage de Marc changea.
Complètement.
1. LE VOL QUI N’ÉTAIT PAS UN EXERCICE ORDINAIRE
Trois jours plus tôt, Léa était arrivée sur la base de Mont-Ravel avec une seule valise et un dossier scellé.
Les soldats avaient reçu un message très simple :
Commandante Léa Vasseur. Observatrice extérieure.
Rien de plus.
Pas son parcours.
Pas son unité précédente.
Pas la raison réelle de sa présence.
Marc n’avait pas aimé cela.
Dès le premier briefing, il l’avait regardée de haut.
— Vous êtes là pour prendre des notes ?
Léa avait répondu :
— Je suis là pour observer.
— Alors observez.
Il avait souri.
Autour de lui, plusieurs soldats avaient compris le message.
Léa était une étrangère.
Une bureaucrate.
Une femme trop jeune pour donner des leçons à une unité qui se croyait intouchable.
Ce qu’ils ignoraient, c’est que Léa avait passé douze ans dans les opérations aériennes.
Et surtout qu’elle avait été envoyée à Mont-Ravel après trois rapports internes.
Trois rapports qui parlaient de refus d’ordres.
De brimades.
D’exercices dangereux.
Et d’un accident jamais vraiment expliqué.
2. LE NOM QUI REVENAIT PARTOUT
Dans chacun des trois rapports, le même nom apparaissait.
Marc Delon.
Sergent expérimenté.
Décoré.
Respecté.
Mais aussi protégé.
Chaque incident finissait de la même manière.
Témoignages retirés.
Caméras “défaillantes”.
Comptes rendus modifiés.
Et personne ne savait pourquoi.
Léa avait donc reçu une mission inhabituelle.
Pas seulement observer les procédures.
Observer ce qui se passait lorsque les soldats pensaient que personne d’important ne regardait.
Pendant les deux premiers jours, Marc ne lui avait donné que des raisons de confirmer les soupçons.
Il avait ignoré plusieurs recommandations.
Ridiculisé un jeune caporal devant l’unité.
Et transformé un exercice de sécurité en démonstration d’autorité.
Mais rien n’était encore suffisant.
Jusqu’au vol.
3. L’ORDRE
L’hélicoptère devait rejoindre une zone d’entraînement située au sud de la base.
Une vallée étroite.
Deux équipes au sol étaient censées sécuriser le périmètre.
Quelques minutes avant l’arrivée, Léa reçut une information.
Une équipe n’était pas encore sortie de la zone.
Elle se tourna vers Marc.
— On annule l’approche.
Il fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Zone non sécurisée.
— On a une fenêtre de six minutes.
— Et des hommes en dessous.
Marc se pencha vers elle.
— Ce n’est pas à vous de décider.
Léa répondit :
— Si.
Puis elle donna l’ordre.
— Retour au point d’attente.
Marc regarda ses hommes.
Thomas sourit.
Quelqu’un murmura :
— La princesse a peur.
Léa l’entendit.
Elle ne réagit pas.
Mais quand Marc donna au pilote l’ordre inverse, elle intervint.
— Delon, vous venez de recevoir un ordre direct.
Marc s’approcha.
— Ici, personne ne reçoit d’ordres de toi.
Et tout avait basculé.
4. LE PILOTE
Ce que Marc ignorait, c’est que le capitaine Julien Arnaud, aux commandes de l’hélicoptère, connaissait la véritable mission de Léa.
Julien avait reçu une consigne précise :
ne pas révéler son rôle.
Observer.
Enregistrer.
Intervenir uniquement si la situation devenait dangereuse.
Lorsque Marc avait commencé à la pousser vers la porte, Julien avait déjà activé l’appel prioritaire vers le poste de commandement.
Mais il avait fallu quelques secondes.
Quelques secondes de trop.
Quand Léa passa par-dessus le seuil, Julien hurla :
— Delon !
Mais Marc n’écoutait plus.
À cet instant, l’exercice était terminé.
Une enquête venait de commencer.
5. RAMENEZ-LA
Dans l’hélicoptère, Marc regardait maintenant Léa comme si elle était devenue une autre personne.
Elle était toujours suspendue dehors.
Toujours en danger.
Mais plus personne ne riait.
La voix du commandement revint.
— Récupérez immédiatement la commandante.
Marc resta immobile.
Thomas fut le premier à bouger.
Il se jeta au sol et attrapa le bras de Léa.
Rémi saisit son autre poignet.
À eux deux, ils réussirent à la hisser à l’intérieur.
Léa tomba sur le plancher.
Elle respirait difficilement.
Ses mains saignaient légèrement à cause du métal.
Marc recula.
— Je ne savais pas.
Elle leva les yeux.
— Que j’étais évaluatrice ?
Il ne répondit pas.
— Ou que me jeter d’un hélicoptère était une mauvaise idée ?
Personne ne trouva quoi dire.
Puis Julien parla depuis le cockpit.
— Retour base.
Silence.
— Et le général vous attend déjà.
Marc devint blanc.
6. LE GÉNÉRAL
Quand l’appareil se posa, personne n’eut l’autorisation de quitter la cabine immédiatement.
Deux véhicules militaires attendaient.
Plusieurs officiers aussi.
Parmi eux se trouvait le général Étienne Marceau.
Soixante ans.
Visage fermé.
Il monta à bord.
Regarda Léa.
Puis Marc.
— Sergent Delon.
— Mon général.
— Remettez votre badge.
Marc hésita.
— Maintenant.
Il obéit.
Le général se tourna vers Thomas et Rémi.
— Vous aussi.
Thomas pâlit.
Rémi ferma les yeux.
Léa demanda :
— Mon général, je veux que le capitaine Arnaud soit entendu séparément.
Marceau acquiesça.
Puis il regarda Marc.
— Vous pensez probablement que cette enquête commence aujourd’hui.
Marc resta silencieux.
— Elle a commencé il y a huit mois.
Et cette phrase fit réagir Rémi.
Léa le vit.
7. HUIT MOIS PLUS TÔT
Huit mois auparavant, un jeune soldat nommé Nicolas Ferret avait été grièvement blessé pendant un exercice nocturne.
Version officielle :
chute accidentelle.
Mais Nicolas avait laissé un message vocal à sa sœur quelques heures avant.
“Ils vont encore nous faire monter malgré le vent. Delon dit qu’on n’a pas le choix.”
Le message avait disparu du dossier.
Sa sœur en possédait pourtant une copie.
C’est elle qui avait contacté le ministère.
Et c’est elle qui avait déclenché l’enquête.
Léa avait été choisie parce qu’elle ne connaissait personne dans l’unité.
Personne ne pouvait anticiper ses réactions.
Mais un détail restait étrange.
Le dossier de Nicolas contenait plusieurs modifications effectuées depuis un seul terminal.
Celui du bureau du commandant de base.
Pas celui de Marc.
8. QUELQU’UN LE PROTÉGEAIT
Marc fut interrogé pendant quatre heures.
Au début, il nia.
Puis il comprit qu’il n’avait plus rien à gagner.
— Je n’ai jamais modifié les dossiers.
Léa répondit :
— Qui l’a fait ?
Silence.
— Delon, quelqu’un vous couvre depuis des mois.
Il regarda la caméra dans le coin de la pièce.
— Coupez-la.
— Non.
— Alors je ne parlerai pas.
Léa s’approcha.
— Vous venez de risquer de me tuer devant six témoins et trois systèmes d’enregistrement. Vous n’êtes plus en position de négocier.
Marc la fixa longtemps.
Puis murmura :
— Le colonel.
Léa se figea.
— Quel colonel ?
— Beaumont.
Colonel Antoine Beaumont.
Commandant de Mont-Ravel.
L’homme qui avait personnellement accueilli Léa trois jours plus tôt.
Celui qui lui avait dit :
“Vous verrez, cette unité est l’une des meilleures.”
9. LE BUREAU VIDE
Léa et le général Marceau se rendirent immédiatement au bureau de Beaumont.
Vide.
Ordinateur éteint.
Placards ouverts.
Un tiroir était resté entrouvert.
À l’intérieur, une enveloppe.
Léa l’ouvrit.
Des photographies.
Nicolas Ferret.
Marc Delon.
Plusieurs soldats.
Et elle.
Léa.
Photographiée à son arrivée sur la base.
Elle sentit un frisson.
— Il savait qui j’étais.
Marceau acquiesça.
— Probablement avant votre arrivée.
— Alors pourquoi me laisser entrer ?
— Peut-être parce qu’il pensait pouvoir contrôler ce que vous verriez.
Léa retourna une photographie.
Au dos :
“Vasseur. Ne pas intervenir avant vendredi.”
Nous étions vendredi.
10. LE DEUXIÈME VOL
Le téléphone sécurisé de Marceau sonna.
Le colonel Beaumont venait de quitter la base à bord d’un second hélicoptère.
Destination inconnue.
Julien entra dans le bureau.
— Il y a un problème.
— Lequel ?
— Beaumont a pris l’appareil 07.
Léa ne comprit pas immédiatement.
Julien continua :
— Celui qui contient la copie locale des enregistrements d’entraînement.
Marceau pâlit.
— Il essaie de les faire disparaître.
Léa secoua la tête.
— Non.
Les deux hommes la regardèrent.
— Pourquoi voler un hélicoptère juste pour effacer des fichiers ?
Elle ouvrit le dossier de Nicolas.
Puis regarda une carte.
Tous les exercices problématiques avaient eu lieu dans la même région.
Toujours la même vallée.
Toujours les mêmes coordonnées.
Léa murmura :
— Il ne fuit pas les preuves.
Elle pointa la carte.
— Il retourne vers quelque chose.
11. LA VALLÉE
Une équipe partit immédiatement.
Léa insista pour y aller.
Marceau refusa d’abord.
Puis céda.
Ils atteignirent la vallée une heure plus tard.
L’appareil 07 était posé derrière une ancienne installation militaire abandonnée.
Pas de Beaumont.
À l’intérieur du bâtiment, ils découvrirent un local souterrain.
Des caisses.
Des documents.
Des appareils de communication.
Et des armes non enregistrées.
Julien resta silencieux.
Léa comprit.
Les exercices dangereux n’étaient pas seulement des abus d’autorité.
Ils servaient à maintenir les soldats loin de certains secteurs.
À couvrir des mouvements.
Beaumont utilisait la base.
Marc n’était pas le cerveau.
Il était l’homme brutal qu’on laissait faire parce qu’il créait assez de peur pour empêcher les questions.
Puis une voix résonna derrière eux.
— Commandante Vasseur.
Ils se retournèrent.
Beaumont se tenait dans l’entrée.
Seul.
— Vous êtes plus tenace que prévu.
Léa répondit :
— Et vous êtes moins intelligent.
Il sourit.
— Vous croyez avoir compris ?
— Assez.
— Non.
Il regarda Julien.
Puis ajouta :
— Demandez donc à votre pilote pourquoi il connaissait déjà cette vallée.
Léa tourna lentement la tête.
Julien ne bougea plus.
12. LE DERNIER SECRET
— Julien ?
Il resta silencieux.
Beaumont sourit.
— Voilà le problème avec les inspections secrètes. On finit toujours par découvrir que personne n’est seulement ce qu’il prétend être.
Léa regarda Julien.
— Vous connaissez cet endroit ?
Il acquiesça.
— Oui.
— Depuis quand ?
— Huit mois.
Le nom de Nicolas lui traversa immédiatement l’esprit.
— Vous étiez là la nuit de son accident.
Julien ferma les yeux.
— Oui.
Léa recula.
— Pourquoi n’avez-vous rien dit ?
— Parce que Nicolas n’est pas tombé pendant un exercice.
Silence.
Même Beaumont cessa de sourire.
Julien continua :
— Il avait découvert cette installation.
— Et ?
— Quelqu’un l’a poursuivi.
Léa regarda Beaumont.
Mais Julien secoua la tête.
— Pas lui.
Léa sentit son ventre se nouer.
— Alors qui ?
Julien regarda vers l’entrée du tunnel.
Une silhouette venait d’apparaître.
Uniforme sombre.
Cheveux courts.
Visage familier.
Le général Marceau.
Léa ne comprit pas.
Marceau descendit lentement les marches.
Puis dit :
— Commandante Vasseur, éloignez-vous du pilote.
Léa regarda Julien.
Puis Marceau.
— Pourquoi ?
Marceau répondit :
— Parce que Nicolas Ferret n’était pas la première personne à mourir ici.
Julien leva brusquement les yeux.
— Ne l’écoutez pas.
Léa sentit son cœur accélérer.
Marceau poursuivit :
— Et l’homme qui a créé tout ce système travaille avec vous depuis le début.
Léa murmura :
— Qui ?
Le général regarda Julien.
Mais Julien regardait le général.
Deux hommes.
Deux versions.
Et une seule vérité.
Puis la radio de Léa grésilla.
Une voix inconnue prononça calmement :
— Commandante Vasseur, si vous entendez ceci, ne faites confiance ni au général, ni au pilote.
Léa se figea.
La voix ajouta :
— Nicolas Ferret est vivant.
Tout le monde resta immobile.
Puis :
— Et il sait lequel des deux ment depuis huit mois.
Le signal se coupa.
Dans le silence du tunnel, Léa comprit que la chute depuis l’hélicoptère n’avait été que le début.
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Parce qu’elle n’avait jamais été envoyée à Mont-Ravel uniquement pour inspecter une unité.
Quelqu’un l’avait envoyée ici pour qu’elle découvre ce que toute la base essayait d’enterrer.