LE CHEF DE LA MAFIA VOULAIT TRANSFORMER UNE SANS-ABRI EN COPIE DE SA FEMME DISPARUE… PUIS LA COIFFEUSE A DÉCOUVERT CETTE CICATRICE

Lorsque Dante Valcázar entra dans le salon Lambert, toutes les conversations s’arrêtèrent.
Même les sèche-cheveux furent éteints.
Dans Paris, certaines personnes entraient dans une pièce et attiraient les regards.
Dante, lui, faisait disparaître les sourires.
Grand, vêtu de noir, il avançait lentement sur le sol de marbre.
À côté de lui marchait une jeune femme dont personne ne comprenait la présence.
Robe beige usée.
Sandales anciennes.
Visage fatigué.
Et surtout des cheveux bruns si longs qu’ils descendaient presque jusqu’au sol.
Sofia Lambert, la propriétaire du salon, s’approcha.
Puis elle vit son visage.
Elle s’arrêta.
Pendant une seconde, elle crut voir un fantôme.
Dante désigna la jeune femme.
— Coupez ses cheveux. Habillez-la comme Isabella.
Sofia le fixa.
— Vous voulez qu’elle ressemble à votre femme ?
— Exactement.
La jeune femme baissa les yeux.
Elle s’appelait Clara Moreau.
Du moins, c’était le nom qu’un centre d’accueil lui avait donné trois ans auparavant.
Dante l’avait trouvée deux jours plus tôt près de la gare du Nord.
Il avait failli continuer son chemin.
Puis Clara avait relevé la tête.
Et Dante avait vu le visage de sa femme disparue.
Isabella.
La femme que la police l’accusait secrètement d’avoir tuée.
1. LE PLAN DE DANTE
Trois ans plus tôt, Isabella Valcázar avait quitté une soirée caritative à vingt-deux heures quarante.
Sa voiture avait été retrouvée le lendemain matin près d’une route forestière.
Portière ouverte.
Téléphone brisé.
Traces de sang sur le siège.
Mais aucun corps.
Dante avait immédiatement été suspecté.
Il dirigeait plusieurs entreprises légales.
Et d’autres beaucoup moins légales.
Tout le monde connaissait sa réputation.
La police avait fouillé ses maisons.
Écouté ses téléphones.
Interrogé ses hommes.
Rien.
Aucune preuve.
Mais les policiers n’avaient jamais cessé de le surveiller.
Alors lorsqu’il avait découvert Clara, une idée lui était venue.
Une mauvaise idée.
Une idée désespérée.
Transformer Clara en Isabella.
La faire apparaître quelques minutes devant certains témoins.
Créer un doute.
Si Isabella avait été vue vivante après sa disparition, toute l’enquête contre Dante pouvait s’effondrer.
C’était immoral.
Manipulateur.
Mais Dante n’avait pas construit son empire en hésitant devant ce genre de détail.
Il ignorait encore qu’en franchissant la porte de ce salon, il venait peut-être de retrouver bien plus qu’un sosie.
2. LA CICATRICE
Sofia s’approcha de Clara.
— Je vais regarder vos cheveux.
Clara acquiesça.
Sofia passa doucement les doigts dans l’immense masse brune.
Puis elle dégagea son oreille gauche.
Sa main s’arrêta.
— Monsieur Valcázar…
Dante soupira.
— Quoi ?
Sofia ne le regardait plus.
Ses yeux restaient fixés derrière l’oreille de Clara.
Une petite cicatrice en forme de croissant.
Pâle.
Fine.
Presque invisible.
— Isabella avait exactement la même cicatrice.
Dante ne bougea plus.
— Au même endroit ? demanda-t-il.
— Exactement.
Clara toucha instinctivement la marque.
Dante s’approcha.
— Depuis quand avez-vous ça ?
Elle fronça les sourcils.
— Je ne sais pas.
— Réfléchissez.
— Je vous dis que je ne sais pas.
Puis elle ajouta :
— Elle était déjà là quand je me suis réveillée après l’accident.
Sofia échangea un regard avec Dante.
— Quel accident ?
Clara hésita.
— Celui après lequel j’ai presque tout oublié.
Dante sentit quelque chose se refermer dans sa poitrine.
— Tout ?
— Les médecins m’ont dit que je devais avoir environ trente ans. Moi, je ne savais même plus mon nom.
Dante murmura :
— Quand ?
Clara réfléchit.
— Il y a trois ans.
Le silence devint total.
Exactement trois ans.
3. LA PHOTOGRAPHIE
Clara détourna les yeux.
Puis elle aperçut une photographie accrochée près d’un miroir.
Une femme élégante était assise dans un fauteuil du salon.
Longs cheveux bruns.
Robe crème.
Sourire discret.
Clara s’approcha.
— Qui est-ce ?
Personne ne répondit immédiatement.
Elle regarda la femme.
Puis le fauteuil.
Puis le miroir.
Sa respiration devint plus rapide.
— Pourquoi… je connais cette pièce ?
Dante sentit son sang se glacer.
— Vous êtes déjà venue ici ?
— Non.
— Vous en êtes sûre ?
Clara ferma les yeux.
Une image venait de traverser son esprit.
Une tasse blanche.
Une musique de piano.
Sofia riant devant le miroir.
Puis quelque chose d’autre.
Une voix masculine.
Ne rentre pas ce soir.
Clara ouvrit brutalement les yeux.
— J’ai entendu quelqu’un.
Dante s’approcha.
— Qui ?
— Je ne sais pas.
Elle regarda la photographie.
— Mais cette femme…
Sa voix trembla.
— C’est moi ?
4. LE TEST QU’IL N’AVAIT JAMAIS OSÉ FAIRE
Dante fit fermer le salon.
Personne ne devait sortir.
Clara recula.
— Vous me retenez ?
— Non.
— Alors ouvrez les portes.
Dante fit signe au garde.
La porte fut immédiatement déverrouillée.
— Vous pouvez partir.
Clara regarda la sortie.
Puis la photographie.
Elle resta.
Sofia murmura :
— Il existe un moyen simple.
Dante comprit.
ADN.
Il avait conservé plusieurs objets personnels d’Isabella.
Une brosse à cheveux.
Des vêtements.
Une vieille brosse à dents enfermée dans sa salle de bain.
Clara le regarda.
— Vous pensez vraiment que je pourrais être votre femme ?
Dante resta silencieux.
— Répondez.
— Je ne sais plus ce que je pense.
Clara eut un rire nerveux.
— Il y a deux jours, je dormais sous un porche. Maintenant un homme que je ne connais pas me dit que je ressemble à sa femme morte.
Dante répondit :
— Disparue.
— Quelle différence ?
Il la regarda.
— Pour moi, toute la différence du monde.
5. CE QUE SOFIA SE RAPPELA
Pendant que Dante organisait discrètement le test, Sofia observa Clara.
Quelque chose la dérangeait.
Pas seulement le visage.
La façon dont Clara touchait ses cheveux.
La manière dont elle inclinait légèrement la tête lorsqu’elle réfléchissait.
Puis Sofia demanda :
— Vous buvez du café ?
— Jamais.
Sofia devint pâle.
Dante la regarda.
— Quoi ?
— Isabella détestait le café.
Clara haussa les épaules.
— Des millions de gens détestent le café.
Sofia acquiesça.
— Bien sûr.
Puis elle ouvrit un tiroir.
En sortit trois flacons de parfum.
Elle les posa devant Clara.
— Lequel préférez-vous ?
Clara fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Essayez.
Clara sentit le premier.
Rien.
Le deuxième.
Elle secoua la tête.
Puis le troisième.
Son visage changea.
— Celui-là.
Sofia ferma les yeux.
— Isabella portait celui-ci depuis dix ans.
Dante ne disait plus rien.
Puis Clara murmura :
— Jasmin… et bois de santal.
Sofia la regarda.
— Le nom du parfum n’est pas écrit.
Clara recula.
— Je l’ai peut-être déjà senti quelque part.
Dante répondit :
— Ou vous l’avez porté.
6. LE RÉSULTAT
Le test génétique fut organisé dans un laboratoire privé.
Trois heures plus tard, Dante reçut l’appel.
Il s’éloigna de Clara.
— Parlez.
La biologiste hésita.
— Monsieur Valcázar, nous avons comparé l’échantillon à plusieurs cheveux conservés sur la brosse que vous nous avez donnée.
— Et ?
— Le profil correspond.
Dante cessa de respirer.
— À quel niveau ?
— Il ne s’agit pas d’une parenté.
Silence.
— C’est la même personne.
Dante ferma les yeux.
Trois années de colère.
De culpabilité.
D’insomnies.
Et Isabella se trouvait à quelques mètres.
Vivante.
Mais lorsqu’il revint dans le salon, quelque chose l’empêcha de lui dire immédiatement.
Clara regardait la photographie.
Elle murmura :
— Vous savez maintenant, n’est-ce pas ?
Dante acquiesça.
— Oui.
— Alors dites-le.
Il s’approcha.
— Votre ADN correspond à Isabella.
Clara resta immobile.
Puis elle rit.
Un rire vide.
— Non.
— Clara…
— Non.
— Isabella…
Elle se retourna brutalement.
— Ne m’appelez pas comme ça !
Dante recula.
Dans les yeux de Clara, il vit de la peur.
Pas de joie.
Pas de soulagement.
De la peur.
7. LE PREMIER SOUVENIR
Clara porta les mains à sa tête.
Une douleur soudaine.
Puis une image.
Une voiture.
La nuit.
De la pluie.
Une route.
Isabella conduisait.
Quelqu’un était assis à côté d’elle.
Elle tourna la tête.
Un homme.
Pas Dante.
L’homme lui criait :
— Tu n’aurais jamais dû trouver les comptes !
Clara vacilla.
Dante la rattrapa.
Elle le repoussa.
— Ne me touchez pas.
— Qu’avez-vous vu ?
— Une voiture.
— La vôtre ?
— Je crois.
— Qui était avec vous ?
Clara respira difficilement.
— Un homme.
Dante se figea.
— Moi ?
Clara le regarda.
Puis secoua lentement la tête.
— Non.
Quelque chose passa dans les yeux de Dante.
Une possibilité qu’il n’avait jamais envisagée.
Isabella n’avait peut-être pas simplement eu un accident.
Quelqu’un avait été avec elle.
8. L’HOMME SUR LA PHOTO
Dante fit apporter les anciennes photos de la soirée où Isabella avait disparu.
Des invités.
Des serveurs.
Des gardes.
Des associés.
Clara regarda lentement chaque visage.
Rien.
Puis son doigt s’arrêta.
— Lui.
Dante se pencha.
Son expression changea.
— Vous êtes sûre ?
Clara tremblait.
— C’est lui.
L’homme sur la photo s’appelait Marco Valcázar.
Le frère cadet de Dante.
Officiellement installé en Suisse depuis quatre ans.
Clara murmura :
— Je me souviens de sa voix.
Dante sentit sa mâchoire se contracter.
Marco avait quitté Paris exactement deux semaines après la disparition d’Isabella.
À l’époque, Dante n’avait rien trouvé d’étrange.
Il avait même envoyé son frère à l’étranger pour le protéger de l’enquête.
Et si toute cette protection avait servi au véritable responsable ?
9. LE COMPTE CACHÉ
Dante fit chercher Marco.
Mais son frère avait disparu de Genève depuis deux jours.
Puis Clara se souvint d’un mot.
— Orion.
Dante se retourna.
— Quoi ?
— Orion.
— C’est quoi ?
Elle secoua la tête.
— Je ne sais pas.
Sofia, restée silencieuse, murmura :
— Isabella avait parlé d’Orion ici.
Dante la fixa.
— Quand ?
— Quelques jours avant sa disparition.
Sofia se souvenait maintenant.
Isabella avait reçu un appel pendant une séance.
Elle avait raccroché et dit :
« S’ils découvrent que j’ai copié Orion, ils me tueront. »
Dante connaissait ce nom.
Un ancien compte utilisé par son organisation.
Un compte que lui-même croyait fermé depuis six ans.
Mais quelqu’un l’avait peut-être réactivé.
Marco.
Isabella avait découvert des transferts.
Des millions.
L’accident n’avait rien d’un accident.
10. POURQUOI ELLE AVAIT DISPARU
Dante retrouva le dossier médical de la femme devenue Clara.
Une clinique privée près de Lyon.
Mais lorsqu’ils appelèrent, le directeur répondit qu’aucune patiente correspondant à sa description n’avait été enregistrée.
Dante envoya un homme sur place.
La clinique avait fermé deux ans auparavant.
Dans les archives municipales, une infirmière apparaissait pourtant sur les documents.
Émilie Roche.
Ils la retrouvèrent le soir même.
Quand elle vit une photographie de Clara, elle pâlit.
— Cette femme était chez nous.
Dante demanda :
— Qui l’a amenée ?
Émilie hésita.
— Deux hommes.
— Les noms.
— Ils n’en ont pas donné.
— Et ensuite ?
— Elle était gravement blessée. Elle ne savait plus qui elle était.
— Pourquoi n’avez-vous pas appelé la police ?
Émilie baissa les yeux.
— Parce qu’on nous avait payés.
Dante sentit monter une rage glaciale.
— Pour faire quoi ?
L’infirmière murmura :
— Pour qu’elle ne retrouve jamais son identité.
11. LE MESSAGE DE MARCO
Le téléphone de Dante vibra.
Un message.
Numéro inconnu.
Une photographie venait d’arriver.
Clara.
Prise quelques minutes plus tôt à travers la vitrine du salon.
Ils étaient observés.
Sous la photo :
Tu aurais dû la laisser dans la rue.
Dante montra l’écran à Clara.
Elle devint blanche.
Puis un second message :
Isabella se souvenait trop de choses. Clara ne devait se souvenir de rien.
Dante appela immédiatement.
Personne ne répondit.
Un troisième message arriva.
Un fichier audio.
Dante appuya sur lecture.
La voix de Marco.
— Bonjour, mon frère.
Dante serra le téléphone.
— Marco…
L’enregistrement continua.
— Si Isabella est avec toi, écoute-moi bien. Je ne l’ai pas tuée.
Clara s’approcha.
— Mais je sais qui a essayé.
Dante fronça les sourcils.
Puis la phrase suivante fit tomber le silence.
— Et ce n’était pas moi.
Pause.
— C’était Sofia.
Tous se tournèrent vers la propriétaire du salon.
Sofia devint livide.
— C’est faux.
Le message continua.
— Demande-lui pourquoi Isabella est venue ici à vingt-trois heures dix la nuit de son accident.
Dante regarda Sofia.
— Elle est venue ici ?
— Dante, écoutez-moi…
— Répondez.
Sofia recula.
— Oui.
Clara sentit une nouvelle image exploser dans sa mémoire.
Cette pièce.
De nuit.
Sofia devant elle.
Une enveloppe.
Puis quelqu’un derrière le rideau.
Clara murmura :
— Vous étiez là.
Sofia avait les larmes aux yeux.
— Isabella…
— Qu’est-ce que vous m’avez fait ?
Sofia secoua la tête.
— Rien.
Puis elle ajouta :
— J’essayais de vous sauver.
Dante s’approcha.
— De qui ?
Sofia regarda la porte.
Puis Clara.
— De votre mari.
Le silence devint glacial.
Clara se tourna lentement vers Dante.
Il ne bougeait plus.
— Elle ment, dit-il.
Sofia murmura :
— Alors demandez-lui pourquoi la dernière chose qu’Isabella a découverte avant l’accident était un compte bancaire portant son propre nom.
Clara sentit son souffle se couper.
Dante pâlit.
Sofia poursuivit :
— Marco volait de l’argent, oui. Mais quelqu’un le couvrait.
Clara regardait désormais Dante comme un inconnu.
— Qui ?
Sofia répondit :
— Dante.
Il secoua la tête.
— Non.
Mais Clara eut soudain un nouveau souvenir.
Une chambre.
Dante devant elle.
Une dispute.
Et sa propre voix criant :
« Si je disparais, tout le monde saura ce que tu as fait. »
Clara recula.
Dante la regardait.
— Isabella…
Elle leva une main.
— Ne m’appelez pas comme ça.
Son téléphone vibra.
Cette fois, c’était un numéro enregistré dans sa mémoire sans qu’elle sache comment.
Un seul nom apparut à l’écran.
Marco.
Clara décrocha.
— Allô ?
La voix d’un homme répondit :
— Isabella ?
Elle trembla.
— Où êtes-vous ?
— Pas loin.
— Qui a provoqué mon accident ?
Long silence.
Puis Marco murmura :
— Tu poses la mauvaise question.
Clara regarda Dante.
— Alors laquelle dois-je poser ?
Marco répondit :
— Demande-toi pourquoi Dante t’a reconnue dans la rue immédiatement…
Clara fronça les sourcils.
— Parce que je suis sa femme.
— Non.
Un silence.
Puis :
— Parce qu’il savait depuis trois ans exactement à quoi tu ressemblais après l’accident.
Clara cessa de respirer.
Dante devint blanc.
Et Marco prononça la phrase qui transforma définitivement toute l’histoire :
— Isabella… ce n’est pas par hasard qu’il t’a trouvée.
La ligne se coupa.
Clara releva lentement les yeux vers l’homme qui avait prétendu découvrir son visage deux jours plus tôt.
Dante ne disait plus rien.
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Pour la première fois depuis son arrivée dans le salon, Clara comprit que le véritable mystère n’était peut-être pas de savoir qui elle était.
Mais pourquoi son propre mari avait attendu trois ans avant de venir la chercher.